En l'espace d'une semaine, trois tribunes publiées dans Les Echos ont dressé le même constat : face aux vagues de chaleur, la France improvise faute de doctrine claire. Ce qu'elles réclament existe pourtant déjà.
Fin juin 2026, trois tribunes publiées dans Les Echos ont posé le même diagnostic avec une précision inhabituelle pour un sujet souvent traité sous l'angle de l'urgence climatique abstraite. Olivier Blond, Julien Bodin et Franck Lirzin ont chacun, depuis leur angle d'expertise, décrit la même impréparation et appelé au même remède : une méthode, pas une réaction.
Olivier Blond, conseiller régional d'Île-de-France et président de Bruitparif, ouvre le débat avec un cas concret : la commande en urgence de 1 200 climatiseurs pour les écoles parisiennes, décidée mi-juin 2026 après des années à qualifier la climatisation de "maladaptation". Il oppose ce revirement tardif à la trajectoire méthodique suivie sur les transports — flotte de bus climatisée depuis 2019, objectif chiffré, calendrier de renouvellement planifié à l'horizon 2035. Sa conclusion est lapidaire : il ne faut pas une politique de la climatisation, mais une doctrine de la fraîcheur, bâtie sur trois piliers — hiérarchiser les cibles, fixer un cadre d'usage, établir une arborescence de solutions adaptée à chaque cas.
Julien Bodin, cogérant de MVN, apporte un éclairage complémentaire : une grande partie du parc bâti a été rénovée pour l'hiver sans que la ventilation soit repensée en conséquence, produisant des "bâtiments bouilloires" qui conservent la chaleur aussi efficacement qu'ils retiennent le froid. Il rappelle une obligation réglementaire encore largement ignorée : depuis 2023, l'article R.1331-26 du Code de la santé publique impose à tout bâtiment un système de régulation de la chaleur et un dispositif de renouvellement de l'air.
Franck Lirzin, polytechnicien et auteur de Habiter un monde qui brûle, fixe enfin un seuil physiologique objectif : au-delà de 27°C en température humide, le corps humain entre en zone de danger — un seuil déjà atteint à plusieurs reprises en France à la mi-juin 2026. Il alerte sur deux illusions persistantes : traiter la chaleur comme un inconfort saisonnier plutôt qu'un risque vital, et supposer que les épisodes à venir ressembleront à ceux d'hier.
Ce que ces trois experts appellent de leurs voeux ne relève pas de la théorie. Les trois piliers d'Olivier Blond correspondent, presque terme à terme, à la démarche que DegrésVerts applique aux bâtiments publics et privés.
Hiérarchiser les cibles — c'est la fonction du Score Fraîcheur. Une notation A à G calculée sur 48+ critères permet de classer un patrimoine de bâtiments par niveau de vulnérabilité à la chaleur et d'identifier objectivement les établissements à traiter en priorité : écoles, EHPAD, structures accueillant du public fragile.
Fixer un cadre d'usage — le score, décliné en 5 dimensions pondérées, objective les marges de manoeuvre disponibles bâtiment par bâtiment. Il permet d'arbitrer entre ventilation, protection solaire et refroidissement actif, plutôt que de recourir par défaut à la climatisation d'urgence.
Construire une arborescence de solutions — c'est précisément l'objet de l'Ordonnance Thermique, qui prescrit pour chaque bâtiment audité les mesures correctives adaptées à sa configuration, sans solution générique appliquée uniformément.
L'alerte de Julien Bodin sur les "bâtiments bouilloires" fait directement écho à l'un des cinq axes du référentiel Score Fraîcheur : la dimension Ventilation, pondérée à 25% de la note globale, aux côtés de l'Enveloppe (30%), de la Protection solaire (20%), des Usages (15%) et du Contexte urbain (10%). Cette pondération n'est pas anodine — elle traduit le constat que l'isolation thermique hivernale, quand elle est traitée isolément, peut aggraver l'inconfort estival plutôt que le réduire. C'est exactement le phénomène que décrit la tribune.
L'obligation posée par l'article R.1331-26 du Code de la santé publique donne d'ailleurs aux collectivités un levier réglementaire supplémentaire pour justifier un audit préalable à toute campagne de rénovation énergétique. Un bâtiment dont la ventilation n'a pas été évaluée avant isolation est un bâtiment dont on aggrave le problème estival en croyant le résoudre.
Le repère des 27°C en température humide avancé par Franck Lirzin offre un critère d'urgence mesurable, complémentaire à la notation A à G. Il permet de sortir du débat pour ou contre la climatisation pour se concentrer sur une question plus opérationnelle : quels bâtiments, dans le patrimoine d'une collectivité, franchiront ce seuil en premier, et quelle est la marge d'action disponible avant d'y arriver ?
Les trois tribunes convergent vers un même appel : sortir de la réaction dans l'urgence pour construire une trajectoire. C'est l'ambition du dispositif à trois briques de DegrésVerts. Le Score Fraîcheur apporte le diagnostic qui hiérarchise et objective la vulnérabilité de chaque bâtiment. L'Ordonnance Thermique construit, cas par cas, l'arborescence de solutions correctives. Le Pack Fraîcheur coordonne les travaux et transforme la prescription en trajectoire réelle, sans que la collectivité porte seule la charge du suivi.
Cette chaîne répond directement au reproche adressé au plan Canicule gouvernemental : celui d'être une réponse à la crise plutôt qu'un programme d'action pour le futur. Les canicules de mai et juin 2026 ont déjà produit des fermetures d'écoles et des températures intérieures dépassant 35°C dans certains établissements. La troisième vague de l'été est annoncée. Avant qu'elle arrive, il est encore possible de savoir où se situe la marge de manoeuvre réelle — et quelles mesures, hors climatisation d'urgence, permettent de la préserver.
Nos experts sont disponibles pour vous accompagner dans votre démarche.